Islam et végétarisme

Islam et végétarisme.

La terre, une matrice vivante.

Il a fallut des milliards d’années pour que la terre devienne une matrice vivante, capable d’élaborer des substances pour nourrir les végétaux, les animaux et enfin l’homme. Cette matrice elle-même issue de la Matrice Universelle dont tout provient et qui n’est autre que la Miséricorde Divine, la Source.

En Islam, il est demandé à chaque musulmans de penser et d’agir de façon positive. De considérer les diverses espèces vivantes sur terre comme autant de communautés semblables à la nôtre. Ces diverses espèces ont leurs droits. Nous ne devons pas les juger selon nos critères et nos valeurs d’êtres humains.

Pour ce qui concerne le végétarisme, l’Islam est plutôt neutre dans l’approche de cette question et laisse à l’individu le choix de consommer de la viande ou pas. Nous savons qu’il y a beaucoup de musulmans qui pratiquent le régime végétarien sans que leur foi soit mise en doute.

L’Islam n’a pas prohibé catégoriquement la consommation de viande mais la permission d’en consommer ne signifie pas qu’il soit obligatoire d’en manger, cela veut dire qu’il est possible de le faire tout simplement et sous certaines conditions.

Notre questionnement est comment rendre acceptable un régime alimentaire végétarien en tant que musulman et quelle attitude à avoir par exemple, envers la pratique du rituel du sacrifice animal.

Quelle place occupe l’acte du sacrifice dans la foi musulmane ?

Es-il une obligation ?

A ce stade, il est judicieux de rappeler que le sacrifice animal en Islam prend sa source dans la tradition Abrahamique. Nous connaissons la place importante qu’occupe Abraham dans la religion musulmane.

Les compagnons du Prophète Mohammed (pbsl), un jour, lui demandèrent pourquoi le sacrifice d’animaux était permis en Islam. Il leur répondit :  » C’est une tradition qui fait mémoire au patriarche Abraham ». Nous rappelons s’il en est encore nécessaire que le concept de sacrifice en Islam repose sur l’acte auquel accepte de se soumettre Abraham, lorsque Dieu commande au patriarche de lui sacrifier son fils Isaac, le père et le fils se soumettent à l’ordre Divin, mais au dernier moment et en reconnaissance de la foi d’Abraham, Dieu rachète Ismaël et demande à Abraham de sacrifier un bélier à la place. Récit relaté dans la Genèse. Symboliquement, il s’agit de l’égo qu’il  faut sacrifier comme preuve de soumission totale.

Pour les musulmans, l’Islam n’est autre que la vraie religion d’Abraham (Coran 3/67)

« Abraham n’était ni juif ni chrétien ; mais il était monothéiste convaincu et entièrement soumis à Dieu. Il n’a donc jamais appartenu au clan des païens. »

Dans l’acte d’Abraham, la soumission absolue à la volonté de Dieu qui sert d’exemple suprême au musulman, d’ailleurs le terme « musulman » signifie « celui qui est soumis » à la volonté de Dieu. Il est nécessaire de rappeler que le remplacement d’Isaac par un animal est interprété comme une condamnation du sacrifice humain, qui avait cours à cette époque.

Dans la tradition musulmane , cet acte occupe une place importante dans la pratique islamique, et l’on voit chaque année un nombre énorme d’animaux sacrifiés rituellement lors de la célébration de l’Aïd el Adha, fête du sacrifice, qui se tient à la fin de la période du pèlerinage à la Mecque.

La chaîne des révélations est close par le Prophète Mohammed (pbsl), dernier dans la chaîne des prophètes,   l’acte fondateur de l’Islam en est cette histoire sacrificielle et la révélation coranique étant l’ultime retour à la source abrahamique.

 

On peut croire, qu’étant une pratique très répandu en Islam, le sacrifice d’animaux , ferait que cette religion serait incompatible avec l’idée de végétarisme. Il est évident que si l’on s’en tient au fait qu’un végétarien ne fait que s’abstenir de consommer de la viande, la réponse est évidente. Mais que le musulman continuerait la pratique du sacrifice animal sans manger la viande, celle-ci serait donnée.

Avec une telle pratique est-on encore dans le végétarisme ? de toute évidence non .

 

Penchons-nous maintenant sur ce que dit vraiment l’Islam, concernant le sacrifice animal. Ceci en tenant compte de ce qui tient de la Loi (Chari’a), et de ce qui tient de la Tradition (Sounna).

Dans la Sourate 22, Le Pèlerinage, au verset 28 on peut lire :« Pour participer aux bienfaits du pèlerinage et invoquer le Nom du Seigneur aux jours fixés, en immolant la bête prise sur le bétail que Dieu leur a accordé. Mangez-en vous-même et donnez-en à manger aux pauvres démunis ». Parlant de ce verset certains érudits disent « Les musulmans pensent généralement que ces versets instituent une obligation canonique à sacrifier des animaux pendant la fête du pèlerinage, et que remplacer les animaux par un autre type d’offrande serait contraire à la Loi. Cependant, une étude plus attentive de ces textes montre très clairement que l’approche coranique ne fait pas du sacrifice animal une fin en soi ; elle en fait un moyen destiné à servir un besoin social »

Cette approche des textes est fondamentale, d’une part, dans la perspective d’une éventuelle évolution des pratiques musulmanes et d’autre part dans l’abandon d’actes considérés aujourd’hui, cruels et inutiles et qui ne sont rappelons le pas expressément requis par la Loi.

De plus cette approche peut ouvrir le débat sur le statut de l’animal en Islam !

L’Académie de Recherche Islamique, qui, lors d’une conférence au Caire en 1996, plusieurs savants musulmans se sont exprimés sur ce sujet. Ils disent « Le Coran formule clairement que le Créateur ne désire pas le sacrifice en tant que tel, mais en tant que symbole de la dévotion à Dieu du sacrifiant, selon ce qu’il ressort du verset suivant : « Ni la chair ni le sang de ces animaux n’ont d’importance pour Dieu. Seule compte pour Lui votre piété. Aussi a-t-Il mis ces animaux à votre service, afin que vous Le glorifiez pour vous avoir dirigés sur le droit chemin. Prophète ! Annonce à ceux qui font le bien » (Coran, 22:37).

Dans ce verset, il est implicitement dit que le sacrifice n’est pas une fin en soi, le but ultime de la dévotion du musulman, mais un acte de charité destiné aux plus démunis. Cet acte, doit être compris dans une perspective sociale. Ainsi nous comprenons mieux l’ancrage profond et la permanence de cette pratique. C’est aux actes humanitaires, rappel aux humains le soucis que Dieu accorde à l’homme et plus particulièrement à ceux qui sont dans le besoin.

En France, nous pouvons citer l’avis du Grand Mufti de Marseille, Soheib Bencheikh, sa réflexion et sa vision moderne du sujet, il dit que l’immolation d’un mouton à l’occasion de l’Aïd el Adha, « n’est ni un pilier de l’Islam, ni une obligation majeure comparable à la prière ou au jeûne du Ramadan« . Il dit par ailleurs que le sacrifice du mouton n’est « qu’un acte souhaité si les conditions le permettent« . En effet, le droit musulman permet de faire « un don dans un pays où les habitants ne mangent à leur faim, ce qui est plus conforme à l’esprit du partage que comporte cette pratique » dit en substance le Mufti de Marseille.

Il parait très clairement que le sacrifice d’animaux, autorisé par l’Islam, doit d’être compris que dans un but de charité.

Dans le Coran, tous les versets faisant allusion au sacrifice, le font systématiquement dans cet esprit de charité envers les plus modestes et les nécessiteux.

Le sacrifice est un acte destiné à répondre à une nécessité sociale.

Dans un contexte historique donné, le don de viande provenant d’animaux sacrifiés, pouvait contribuer a des besoins alimentaires qui selon toute vraisemblance devait être plus ou moins assurés par l’agriculture locale. Pendant les premiers temps de l’Islam, la tradition d’offrir des animaux avait un sens.

De nos jours, tuer des animaux est devenu un rituel vide de sens.

Aujourd’hui sommes-nous dans un tel cas de figure ?

Il est plus que légitime et raisonnable de poser la question. Aujourd’hui, il est beaucoup plus facile de s’alimenter avec une nourriture qui ne soit pas issue d’un processus qui génèrent la souffrance animale.

La nécessité sociale et économique d’aujourd’hui n’est évidemment plus à même de justifier cette pratique. Il serait judicieux de la remplacer par d’autres actes de dons a but humanitaires, comme par exemple les dons en nature, en argent, là où le besoin s’en fait sentir. Ainsi, les préconisations coraniques sont accomplies et l’acte de dévotion prend tout son sens.

La Loi Divine nous enjoint de ne pas commettre de violence inutile. La vie quelle que soit la forme dont elle se revêt est la manifestation d’une âme. Selon les espèces humains, animales, végétales, une conscience qui se manifeste différemment, mais ce qui est important c’est qu’elles méritent d’être respectées en tant qu’être vivant.

Dans le Coran, ainsi que dans d’autres sources islamiques, il n’est pas question que le fait de manger de la viande soit bonne pour la santé physique ou spirituelle. Une attitude neutre se dégage et laisse le choix à l’individu, comme souvent, le libre arbitre est laissé aux croyants, une notion importante en Islam. Comme il est dit dans les versets suivants : Coran 7 Les Murailles, v. 31 « Ô fils d’Adam ! mettez-vos plus beaux habits à chaque prière ! Manger et buvez en évitant tout excès ! Dieu n’aime pas les outranciers. » et, dans Coran 5 La Table, v. 88 « Ô vous qui croyez ! Ne vous interdisez pas les bonnes choses que Dieu a rendus licites pour vous, en évitant cependant tout excès, car Dieu n’aime pas ceux qui dépassent les limites permises ! »

La permission de manger de la viande est claire mais tout aussi claire est signifiée la modération de la consommation de nourriture.

 

Le traitement des animaux dans l’industrie moderne, le mode d’élevage, la fabrication de nourriture, de reproduction, de manipulation pendant et après l’abattage sont des points cruciaux que l’éthique musulmane doit penser et intégrer dans le concept de licité. Et actualiser la notion de halal.

Dans nos sociétés productiviste/consumériste, manger de la viande et surtout de la viande produite dans les conditions actuelles, ne respecterait pas les principes musulmans de bonté envers les animaux.

 

Dans des hadiths, le Prophète Mohammed (pbsl), n’a t-il pas placé l’abattage sans justification, d’animaux comme un des péchés majeurs ? selon Abu Huraira*.

Coran 6 Les Bestiaux, v,151″…d’attenter, sauf pour une juste cause, à la vie d’autrui que Dieu a déclaré sacré. Voilà ce que votre Seigneur vous a recommandé et que vous ferez bien de méditer. » Dans ce verset le mot arabe « Nafs » a été traduit par « vie ». « Nafs » a souvent été compris comme » qu’être humains », alors que la traduction plus proche du terme, selon les dictionnaires arabes, doit être compris en tant « être respirant » . De cette acception, il semble n’y avoir aucune raison de ne pas comprendre, que dans ce verset, il s’agisse de tous les êtres respirant, c’est à dire de toutes les espèces d’animaux.

Bien sûr, ces versets doivent être lus en écho avec d’autres et mis en perspective avec les hadiths traitant du sujet. Ceux, nombreux, qui nous parlent de la vie dans un sens général et de sa sacralité. Que les animaux possèdent une âme et sont sur un pied d’égalité avec l’homme.

La nourriture d’origine végétale est par nature halal, à l’exception de l’alcool, alors que la viande, à l’origine n’est pas halal et doit subir un rituel pour le devenir.

Plusieurs juristes musulmans ont émis des avis, confirmant que le traitement convenable des animaux est une règle de l’Islam. Ils disent, par ailleurs, que l’on peut être musulman et végétarien et ne pas considérer les non végétariens comme de mauvais musulmans.

L’Islam a toujours considéré les animaux comme créatures, et donc dignes à cet égard d’attention et de compassion. Le traitement qui leur est infligé dans les « fabriques d’animaux » est aux antipodes de ces principes.

 

 

 

 

 

Comme le Christianisme et le Judaïsme, l’Islam affirme que Dieu a créé les animaux. Mais à la différence du Christianisme, l’Islam s’intéresse étroitement à l’animal.

De nombreux hadiths, insistent sur la douceur et la mansuétude que l’on doit observer à l’égard des animaux : l’homme qui donne à boire a un chien assoiffé, est assuré de la grâce Divine.

Ne pas être cruel envers les animaux, ou même faire preuve d’une bienveillance condescendante à l’égard de nos soi-disant “inférieurs”, cela n’est que formulation négative. L’Islam demande que nous pensions et agissions de façon positive, en admettant les diverses espèces comme autant de communautés semblables à la nôtre, ayant leurs propres droits, et en ne les jugeant pas selon nos critères humains et nos échelles de valeurs. En fait, l’Islam est tellement concerné par la compassion pour les animaux que l’on peut se demander après tout pourquoi il nous a autorisé à les tuer pour notre nourriture, et pourquoi il ne nous a pas prescrit de devenir végétariens. D’un point de vue humanitaire, l’idéal serait que le monde entier devienne végétarien, et que soit laissé aux animaux la possibilité de vivre leur vie naturelle.

 

D’ailleurs, il existe une tradition du végétarisme au sein de l’Islam, liée en particulier au soufisme.

 

« Nulle bête marchent sur terre, nul oiseau volant de ses ailes, qui ne soit comme vous en communauté. Nous n’avons rien omis d’écrire dans le Livre. Puis, c’est vers leur Seigneur qu’ils seront ramenés. » Sourate 6 : Al-Anam Les Bestiaux au v 38.

Dans ce verset, verrait-on un antispécisme ?

Pour ce qui nous concerne, nous nous y risquons car nous en sommes persuadé. Un petit rappel sur les notions de spécisme et d’antispécisme: c’est un mouvement qui affirme que l’espèce à laquelle appartient un être n’est pas un critère moral pertinent et juste pour décider la manière dont on doit le traiter ainsi que les droits qu’on doit lui accorder.

Partant de ce constat, l’antispécisme s’élève contre la maltraitance, l’exploitation et la consommation d’animaux par les êtres humains. Il considère le spécisme comme une forme de discrimination concernant l’espèce comme peuvent être d’autres formes de discrimination tels que le racisme, discrimination liée à la race, ou le sexisme, discrimination liée au sexe. Puisque que la consommation de viande implique de tuer des animaux et que ceux-ci sont élevés dans des conditions irrespectueuses et indignes. Nous sommes conscients qu’ici nous abordons un sujet de telle façon qu’il peut prêter à polémique, nous rappelons s’il fallait encore le faire, que notre démarche n’est que de susciter le débat et d’explorer des pistes de réflexion, même si celles-ci peuvent a priori remettre en cause une pensée dominante dans la communauté. Une façon de sortir de la pensée unique qui formate actuellement l’ensemble du monde musulman.

Et dans le verset 18 de la Sourate 22, Le Pèlerinage, il est dit : « N’as-tu pas vu que c’est devant Allah que se prosternent tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux, ainsi que beaucoup de gens ? Il y en a aussi beaucoup qui méritent le châtiment. Et quiconque Allah avilit n’a personne pour l’honorer, car Allah fait ce qu’il veut. »

Arbres et animaux ont la faculté de se prosterner donc de prier Le Seigneur, cette faculté n’est donc pas réservée aux hommes. Voici encore un argument, très fort, qui va dans le sens de l’égalité de l’homme avec son environnement.

 

Il est surprenant de constater que les réactions négatives ne viennent pas des musulmans eux-mêmes, mais plutôt des occidentaux, qui sont convaincus que « l’Islam est par nature violent » et par conséquent peu enclin à la mansuétude envers les animaux. Avec d’autres, notre souci ici, est d’amener les non-musulmans à repenser les stéréotypes qu’ils peuvent avoir et aussi de témoigner de la bonté que l’Islam préconise envers les animaux.

 

 

© Nadim Ghodbane: Pour un végétarisme musulman. Edilivre

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