L’éducation spirituelle et sa contribution à la construction d’une citoyenneté environnementale

 

Abdellah Macer – Fès

La conscience de l’importance de l’environnement a un lien avec la relation entre le

Créateur et son serviteur. De quelle manière l’éducation spirituelle contribue à la

construction de la citoyenneté environnementale?

Quelle est la relation entre l’homme et l’environnement ? Comment l’éducation

spirituelle parvient à créer ce sentiment ?

Avant toute chose, elle crée en lui la conscience du sens de sa présence dans cet univers ?

Les savants et soufis décrivent cette réalité en utilisant le terme adoration. Toute chose

devient pour toi, dans tes relations avec Dieu, adoration, adoration pour Lui-même.

Aujourd’hui, ce souci de l’environnement est pris en charge dans le cadre du travail

extraordinaire que mènent les ONG et organisations préoccupées par ce problème majeur.

Le problème est que les résultats en terme de modifications des comportements sont

limitées. La raison tient à ce que la personne qui est visé par ce travail, est coupée,

éloignée, de son créateur.

Le Prophète (sur lui les prières de Dieu) a dit : «…la terre m’a été rendue une mosquée

et un lieu purifié». Le théologien va extraire de ce hadith toutes les obligations et

sagesses en matière de pureté rituelle…

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Ce qui nous concerne ici c’est que la terre (qui est une constituante de l’environnement)

est considérée en tant que lieu sacrée de/et pour la prière. Et la prière exige la pureté, la

purification. Le musulman doit donc être vigilant vis-à-vis de tout ce qui peut polluer la

terre, l’environnement. L’éducation soufie va donc développer ta vision intérieure

(baçîra) afin que tu prennes conscience, que tu saisisses ces significations et les

responsabilités qui sont les tiennes ; responsabilités sur lesquelles tu seras interrogé.

On parla à un maître soufi, de la piété remarquable d’un homme pieux. Il décida de lui

rendre visite Lorsqu’il le rencontra, il vit que cet homme crachait en direction de la

quibla. Ce soufi eut ce commentaire : «cet homme n’a pas le minimum de l’adab qui

caractérisait le Prophète (sur lui les prières d’Allah), comment donc pourrait-il avoir

l’adab dans sa relation avec Dieu»

Lorsqu’on parle d’adoration, cela signifie que ton âme, Ô croyant, soit remplie de la

présence divine. Lorsque notre shaykh nous conseille la pratique assidue dhikr

(individuel et collectif) l’objectif est de créer ce contact, de développer la vision

intérieure qui permet de comprendre ces sens.

«Il n’y pas un arbre ou une plante que ne fait pousser un croyant et dont profitera

un humain, un animal ou un oiseau sans que cela lui soit compté comme une

sadaqa» Hadith

L’éducation spirituelle te permet de corriger l’intention, d’être conscient que ton action

bénéficiera aux autres, sans que tu demandes de contrepartie.

Ta vision n’est pas seulement économique, en termes de pertes et de bénéfices. «Je fais

telle action avec l’intention qu’elle me rapportera tant… » Ta vision est plus lointaine que

cela.

Ces comportements permettent à l’humain d’élargir sa vue économique et spirituelle

Méditons l’histoire de Abi Darraq, ce compagnon ascète du Prophète

«Un homme rencontra un jour ce compagnon parvenu à un âge avancé. Il le trouva

entrain de planter un amandier. Intrigué, il lui demanda. Tu es vieux et tu peines à planter

cet arbre dont probablement tu ne verras jamais des fruits. Le compagnon lui répondit :

«Même si je ne pas profiter de cet arbre, je le fais tout de même dans l’espoir que

quelqu’un d’autre puisse s’en nourrir». Cette histoire nous apprend comme la pratique

spirituelle (l’adoration) permet de transformer nos actes les plus élémentaires en actes

d’adoration… ; par exemple que tu commences à te préoccuper des générations futures,

que ton souci soit de leur laisser un environnement sain, etc..

De nombreux hadiths rappellent cette conscience que doit avoir le croyant pour

l’environnement. Mais encore fois cette conscience ne peut se développer que grâce à

l’éducation spirituelle.

Lorsque tu observes les planètes, tu te rends comptes que l’univers entier célèbre les

louanges de Dieu. «Tout dans l’Univers célèbre les louanges de Dieu, mais vous ne

comprenez pas leur langage». C’est donc là une invitation à un éveil spirituel, pour que

tu réalises que ton environnement est en invocation constante. Si tu as ce sentiment, ta

relation à l’environnement est sacralisée, un acte d’adoration. Comment peux-tu donc

corrompre cet environnement…

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Le Prophète dit que «…quiconque ôte un obstacle du chemin d’autrui, se prémunit

contre l’enfer».

La conscience spirituelle de l’environnement est la conscience que l’homme est

dépositaire d’un dépôt (Et Nous avons proposé ce dépôt aux cieux et aux montagnes

mais elles l’ont refusé. L’homme cependant l’a accepté) et qu’il est le vicaire (khalifa)

de Dieu sur Terre. Ce vicaire a donc la responsabilité de son environnement, de la maison

dont il n’est que le locataire. Le Coran dit «Dieu est le Propriétaire souverain des cieux

et de la terre».

Cette maison, il l’a quittera un jour et il sera interrogé sur l’état dans lequel il a laissée.

L’éducation spirituelle soufie va donc permettre à ce locataire qu’est l’homme de prendre

conscience de ses responsabilités, des règles d’exploitation établies par le Propriétaire. Il

prendra conscience que ce qui le lie à l’environnement est une relation d’équilibre.

L’éducation spirituelle ne fait que ramener l’homme à sa nature originelle (fitra), la seule

à même de lui faire découvrir ou redécouvrir les sens éternels qu’il a en lui mais qu’il a

oublié.

Un jour que le Prophète était sur le mont Uhud en compagnie d’Abou Bakr, Omar et Ali,

la montagne se mit à trembler. Le Prophète répéta : «Reste tranquille Uhud, reste

tranquille car par Dieu tu portes un Prophète, un véridique et deux martyrs

(allusion à la mort future de Omar et d’Ali)». L’environnement n’est pas une matière

inerte mais quelque chose de vivant, qui réagit au contact de celui ou de celle dont la

conscience spirituelle est accomplie.

«Qui détruit un arbre, Dieu précipitera sa tête dans le Feu» (Hadith). N’assiste-t-on

pas, ici et là, à des destructions massives de forêt compromettant ainsi tout l’écosystème,

si vital pour notre survie à tous. La cause tient à l’insouciance du coeur vis-à-vis de Dieu,

de la finalité existentielle de l’homme.

Un autre hadith vient rappeler cette relation à l’environnement : «Qui tue un oiseau par

plaisir, verra celui-ci, le jour du Jugement, dire à Dieu : «Ô Seigneur, cet homme

m’a tué juste pour satisfaire son bon plaisir et non par utilité»

Cette vérité contraste avec le gaspillage et le gâchis qui caractérise la relation de l’homme

contemporain à son environnement. Même d’un point de vue extérieur (exotérique), le

fuqahas et notamment le fiqh malékite proscrit le gaspillage en toute chose…

Le Prophète dit également : «Les bonnes et mauvaises oeuvres de ma communauté

m’ont été exposées et j’ai trouvé parmi les bonnes oeuvres le fait d’ôter un obstacle

du chemin d’autrui»

L’éducation spirituelle nous permet également de se parer de tout en ensemble de vertus,

une noblesse de caractère dont la miséricorde est un aspect important. Le Prophète a parlé

d’un homme torturé par la soif et qui cherchait un puit pour se désaltérer. Il y trouva un

chien assoiffé. Il servit à la pauvre bête le premier sot d’eau qu’il tira du puit.

Tout cela est la preuve que cette abnégation et cette compassion ne peuvent naître en

nous que s’il y a un esprit (rouh) soufi qui donne à l’homme la conscience qu’il est là

pour servir toute la création, que son regard tout entier n’est que miséricorde.

Le Prophète vint à jour à entrer dans une maison dans laquelle il vit un chameau attaché.

Lorsque la bête le vit, elle pleura. Le Prophète lui caressa le museau et s’écria. A qui

appartient ce chameau ? Un jeune homme s’avança et répondit : «Il est à moi, Ô

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Prophète de Dieu». Le Prophète lui lança : «Crains Dieu en cette bête que Dieu t’a

donné et ne l’affame plus !».

En guise de conclusion, récapitulons certaines des finalités vers lesquelles mène

l’éducation spirituelle soufie :

– protection des ressources environnementales. Tu sais désormais que ta relation à

l’environnement est équilibre, adab. La durabilité de ces ressources et leur utilité pour les

autres fait désormais partie de tes préoccupations. Même dans les situations de guerre, il

y a cette préoccupation. On connaît les fameuses recommandations adressées par Abou

Bakr à ces troupes en marche. Parmi ces recommandations : «Ne détruisez ni ne brûlez

aucun arbre»

Le Prophète a enseigné à ses compagnons le type de rapport à entretenir avec l’eau. En

observant Saad, un de ses compagnons, faire ses ablutions, le Prophète lui lança :

«Qu’est ce que ce gaspillage, Ô Saad !». «Peut-on parler de gaspillage lorsqu’on

renouvelle ses ablutions» dit Saad. Le Prophète lui répondit «Bien sûr et même si tu

trouves auprès d’un torrent d’eau».

– une meilleure utilisation des ressources et notamment au regard à l’objectif pour

lesquelles elles ont été créées. Le Prophète raconta l’histoire d’un homme qui chevaucha

une vache. Celle-ci lui parla : «Je n’ai pas été créé pour ce but». Bien évidemment ces

significations ne sont « goûtées» que par un coeur orienté, en liaison permanente avec Son

Créateur.

– magnificence de toutes les créatures de Dieu, car elles ont un langage que tu peux

comprendre si tu es réalisé spirituellement. Et si ce n’est pas le cas, alors au moins

comprend, par l’intellect, tes devoirs et tes responsabilités.

– Idée du recycling à travers cette jolie histoire de ce compagnon.

– pollution de l’environnement : «Qui pollue les endroits par lesquels passent les

musulmans, il a la malédiction de Dieu et des hommes dans son ensemble» (hadith)

– la relation du croyant à son environnement est beauté. Dieu est beau et il aime la beauté,

gentil et il aime la gentillesse et propre et il aime la propreté, alors rendez propre vos

contextes…

L’architecture ancienne des musulmans portait en elle une préoccupation importante pour

l’environnement, au moment ou l’esprit soufi était présent, davantage qu’aujourd’hui !

Le Coran sacré est une convocation permanente à la contemplation de la beauté de la

création divin, etc.… Pour voir la beauté de Dieu, il faut développer la beauté en soi…

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