LUNE

J’ai prêté attention, lune, à tes confidences,
En mon nocturne pas, partageant ma conscience
Entre un œil et une âme aux sens en résonance.
En chacun de tes traits d’innovante beauté,
Une histoire illustrée m’était, au soir, contée ;
L’ouïe et la vue semblaient rechercher l’équité.
O toi qui mon regard inonde de clarté,
Pare l’oreille aussi de l’intime aparté !
Si tu donnais parole à ton astre superbe,
Tu jouirais des dons des vertus et du verbe.
Mais si tu ne dis mot, par ta vue m’est assez
De prêches édifiants à mon cœur adressés
À travers les leçons de nos années passées.
Tu vogues tantôt pleine et tantôt altérée ;
Tu t’élèves et retombes en l’espace éthéré.
À ton image l’homme entretient l’inconstance :
Il s’éveille parfois interpellé et pense ;
Il oublie Dieu souvent, puis en a souvenance.
Alors, si les sanglots sont le lot de mon âme,
Il arriva que pleure avant moi Abraham.
Eh ! Il se peut ma foi, que des plus sourdes pierres
Jaillisse l’eau soudain, quand les maux trop les serrent !

Ibn Khaffâja (Poésie andalouse, Idrîs de Vos)

lune

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