Le Rossignol

LE ROSSIGNOL (BULBUL)

L’image du rossignol amoureux de la rose rayonnante est régulièrement employée dans la littérature persane. Il représente l’humain mystique passionnément amoureux désirant la beauté transcendante et inaccessible de la divine rose, c’est-à-dire le Cœur du Bien Aimé. La rose peut symboliser la beauté, l’amour, l’Unité Divine, la poésie, la musique, la capacité d’être aimé, alors que le rossignol symbolise la multiplicité et la diversité (Ghomshei 1995-96, 23).

La rose incite le rossignol à chanter sa louange et à l’adorer sur des mélodies d’amour infiniment riches :

‘ Quand l’Amour s’exprime dans l’âme, ma voix aux accents élégiaques,

à la vue de l’océan, répond.

L’homme qui écoute ce chant, chasse le règne de la raison ;

La morne sagesse est satisfaite d’être folle d’amour.’

(‘Attâr 1984, 36)

Dans le Mantiq al Tayr, Attar diverge de la représentation traditionnelle, en cela qu’il emploie le rossignol et la rose pour symboliser un amour qui se détourne de Dieu :

‘Mon amour est pour la rose ; je m’incline devant elle ;

Je ne pourrai jamais me séparer de sa chère présence.

Si elle devait disparaître, le rossignol

en perdrait la raison et son chant faillirait,

Et bien que ma peine ne puisse être connue d’aucun autre oiseau,

un être comprend mon cœur: la rose’

(‘Attâr 1984, 36)

L’amour du rossignol pour la rose est analogue à l’amour humain pour le royaume terrestre (monde d’ici-bas) et ses séduisantes attractions. Le prétexte que donne le rossignol pour ne pas partir à la recherche du Simorgh réside dans sa satisfaction pour la rose :

‘ Mon amour est ici ; le voyage que tu proposes

ne peut pas me détourner de ma vie : la rose.’

(‘Attâr 1984, 36)

Comme le rossignol, l’homme manque de désir pour chercher le Bien Aimé, car il est satisfait du monde matériel qui l’entoure.